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Chronique du Mercredi : Niger, Parlons-en de l'incivisme au pays de "Saï Hankouri" et de "Kala Sourou"

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Le Niger, pays de traditions et de valeurs séculaires, peine pourtant à ériger un mur solide contre l’incivisme. Au cœur de ce phénomène se niche une mentalité bien ancrée, résumée dans deux expressions phares de nos langues les plus couramment parlées : saï hankouri et kala sourou.

Ces termes, plus que de simples mots, sont devenus des outils sociaux pour contourner la loi et esquiver les responsabilités, faisant du pardon une arme redoutable contre l’autorité et l’ordre public.

Hankouri, sourou : le triomphe du pardon sur la justice

Dans le quotidien nigérien, la prise en défaut n’est pas un problème insurmontable. L’expression d’un simple « pardon » – toujours accompagné d’un ton mielleux et d’un regard faussement repentant – suffit souvent à désamorcer toute sanction. Celui qui refuse ce pardon, même lorsqu’il est dans son bon droit, est estampillé comme un individu au "cœur noir", entêté, sans humanité. Une manière bien perverse de retourner la responsabilité sur la victime d'un acte répréhensible ou l’agent public chargé de faire respecter la loi. Le hankouri devient ainsi un piège social, sapant les efforts de ceux qui cherchent à instaurer la rigueur.

Cette propension au "sourou" inconditionnel illustre un mal plus profond : la difficulté à séparer les émotions personnelles de la gestion objective de la société. Une autorité ferme est perçue comme tyrannique, tandis que la faiblesse face aux infractions est applaudie par certains comme un signe de sagesse et de mansuétude.

Les racines de l'incivisme

Mais cet état de fait n’est pas que le fruit de notre mentalité collective. Il repose aussi sur des dysfonctionnements structurels et juridiques :

1. L’insuffisance des agents de contrôle
Dans un pays vaste comme le nôtre, le manque de ressources humaines pour veiller à l’application des lois est flagrant. Il est courant de voir des infractions se multiplier simplement parce qu’aucun agent n’est là pour les sanctionner. Ce vide d’autorité nourrit l’idée que « la loi, c’est pour les autres ».

2. Des lois obsolètes et inopérantes
Prenons l’exemple de la mendicité, officiellement un délit passible de prison. Pourtant, qui a déjà vu un mendiant condamné ?
Un autre cas illustratifs, l'interdiction de fumer dans les espaces publics qui est bravée même dans les centres de santé.
Ces textes, qui existent uniquement sur le papier, discréditent l’appareil juridique et renforcent l’idée que les lois ne sont que des symboles sans impact concret.

3. Le laxisme et l’indifférence des citoyens
La passivité de la société face aux infractions est une autre facette du problème. Peu de citoyens dénoncent les actes illicites, par peur de représailles ou tout simplement par apathie. Ce silence complice est une porte ouverte à l’anarchie.

4. L’application inégale des lois
L’exemple du port du casque ou de la ceinture de sécurité est édifiant. Ces mesures appliquées cahin-caha à Niamey, mais ailleurs, elles tombent dans l’oubli. Une telle disparité géographique décrédibilise l’autorité de l’État et laisse croire que le respect des règles dépend de l’endroit où l’on se trouve.

Le relâchement coupable , carburant de l’incivisme

La répression, lorsqu’elle existe, souffre d’un relâchement qui frôle le ridicule. Chaque nouvelle mesure est accueillie par une ironie collective : « Laissez-les, ça va durer deux jours ! » Et, comme par magie, ces prévisions se réalisent. La population attend patiemment que l’État se "fatigue" pour reprendre ses mauvaises habitudes. Ce jeu de cache-cache, où les autorités elles-mêmes finissent par baisser les bras, est une invitation directe à la récidive.

Des décisions précipitées aux effets pervers

L’incivisme est également alimenté par certaines politiques mal pensées. La récente réduction des prix du ciment en est un exemple parfait. Cette mesure, annoncée en grande pompe, a entraîné une rupture de stock dans plusieurs localités. Au lieu de rendre le ciment accessible, elle a exacerbé les tensions. Ce genre de revers illustre le manque d’études d’impact et la précipitation qui caractérisent trop souvent certaines décisions publiques.

L’importance de restaurer l’autorité

Il est temps de comprendre que l’autorité n’est pas un privilège, mais une nécessité. Un État respecté est un État qui applique ses lois avec fermeté et constance. Si nous continuons à ériger le hankouri en pilier de notre société, à tolérer le laxisme et à accepter l’inégalité devant la loi, nous ne ferons qu’approfondir le fossé entre les citoyens et l’ordre public.

L’incivisme n’est pas une fatalité, mais il nécessite une prise de conscience collective. Réformer nos mentalités, moderniser nos lois, renforcer le contrôle et uniformiser leur application sont les clés pour inverser la tendance. C’est une question de survie pour notre société, car une nation sans discipline est une nation sans avenir.

Kafiniger ✍